Au bout du téléphone, l’auteur-compositeur-interprète, Gilles Valiquette. Ce dernier vient de publier chez VLB Éditeur, un livre retraçant ces chansons. Il raconte pour chacune d’entre elles, des anecdotes et des commentaires qui font vont voir la chanson sous un autre angle. Son dernier album « Secrètement public » fait partie des cinq meilleurs albums que j’ai entendus de ma vie. Une rencontre touchante avec un artiste de génie.
Depuis plus de 35 ans, Gilles Valiquette sillonne les routes du Québec. Son dernier projet « Histoires de chansons » relate l’envers du décor de ces nombreuses chansons. Il a accepté d’écrire le livre à une seule condition : c’était de raconter les petites histoires derrière les chansons : « VLB publie régulièrement des recueils de textes de chansons. Avant de faire de la musique, j’aime la musique. J’ai le privilège de côtoyer des artistes que j’admire et ce que j’aime entendre ce sont les petites histoires derrière la chanson. Souvent l’auditeur a sa propre logique et on se rend compte que bien souvent que cela n’a aucun rapport ».
Gilles Valiquette, conscient que les paroles se retrouvent dans les livrets qui accompagnent le CD ou sur Internet, souhaitait offrir au lecteur un livre dont il serait fier. Pour rajouter une plus-value au livre, l’auteur a écrit toutes ces chansons de façon manuscrite afin de personnaliser le livre : « Le recueil de textes n’est pas un bilan, mais plutôt un journal de quelqu’un qui survit dans le domaine de la musique », souligne-t-il.
Ce qui a surpris l’artiste, c’est la confiance que la maison d’édition lui a donnée face à son idée d’écrire des textes pour meubler les chansons.
« Je suis le premier à le dire, que les écrivains ne sont pas forcément d’excellents auteurs de chansons, mais je dois avouer que le contraire est aussi vrai. Ce n’est pas parce que je fais des chansons qui sont présentables que je suis capable d’écrire un livre. On m’a fait confiance et j’ai vraiment adoré l’expérience. Je me suis découvert une nouvelle passion », souligne l’artiste.
Parmi les trouvailles dans ce recueil, une chanson écrite pour Véronique Sanson qui s’intitule : « Chère Véronique ». Gilles Valiquette ne cache pas être tombé en amour avec son premier album : « Chez Warner Bros. Canada, les dirigeants à l’époque ne semblaient pas tellement disposés à commercialiser cet album au Québec. J’ai pris une copie de cet album et en compagnie de René Letarte, nous avons sonné à la porte de la station CHOM. L’animateur était André Rhéaume, ex-guitariste du groupe Bel-Air. Il a décidé de faire jouer quelques pièces et le public a tellement bien réagi qu’il s’en est vendu 50.000 copies ».
Par la suite, les deux artistes sont devenus amis et lors du premier contrat français de Gilles Valiquette, Véronique Sanson l’a invité pour sa première tournée européenne. Même si la première partie ne devait durer que six semaines, s’est terminé par quatre mois : « Je viens d’apprendre qu’elle se produira à Montréal cet été, nous allons pouvoir renouer les liens ».
Les chansons « Je suis cool », « Quelle belle journée » ou bien encore « La vie en rose » sont devenues des immortelles de la chanson québécoise. L’artiste se sent privilégier de cet amour du public à son égard : « Lorsque l’ont créé une chanson, c’est comme mettre des enfants au monde. Les chansons ont leurs propres vies qu’il faut respecter. On leur souhaite la plus belle et la plus longue vie. Mais ce n’est pas son créateur qui peut décider ces choses-là. Si rien qu’une chanson peut passer le test du temps, on peut considérer que tout le travail accompli en a valu la peine. Dans mon cas, j’en ai quelques-unes qui tournent fréquemment à la radio et elles sont sollicitées par le public. C’est très encourageant pour un artiste ».
Parmi les nouvelles chansons proposées sur son dernier album « Secrètement public », se trouve la plus belle chanson d’amour jamais écrite auparavant, elle s’appelle « Juste toi et moi ». Cette chanson possède le don d’être fredonné dès la première écoute et je ne parle pas du texte qui est très réussi et dont les couples se reconnaîtront : « Quand j’ai sorti l’album, il était sur une nouvelle étiquette de musique (Chrystal Musique, une filiale de Chrystal Films) et comble de malchance, cette dernière à des problèmes d’ordres financiers, donc j’ai du rapatrier l’album et d’en faire une nouvelle sortie à travers VLB éditeur. Cette chanson-là, je souhaitais qu’elle sorte en simple pour les radios. C’est une chanson qui respire le printemps. Avec la sortie du disque chez Musicor prochainement, nous allons mettre en avant cette chanson », souligne Gilles Valiquette.
Avis aux collectionneurs, la première édition est devenue un album « Collector ».
Le marché du disque
Le marché du disque au Québec connaît des jours sombres. Le business a remplacé les chansons en elle-même. Aujourd’hui on ne parle plus d’artiste, mais de produit. La vision de Gilles Valiquette est très intéressante : « Le domaine du disque et des artistes n’a jamais été facile. Aujourd’hui c’est encore plus difficile qu’auparavant. Nous souffrons actuellement des changements de garde au fil des ans avec les maisons de disques. Elles possèdent beaucoup d’administrateurs, de comptables et d’avocats. Ces gens-là, ont été formés avec des plans de cinq ans en regardant les colonnes de chiffres. Ce que les artistes imaginent ce ne sont pas des stratégies de marketing, ce sont des œuvres de l’esprit qui touche les gens de toute sorte de façon. Tant mieux si au bout du compte des chiffres sont a la hauteur des attentes, mais pour ma part c’est une vision très myope. J’aimerais comme mes collègues vendent 100 000 albums, mais je ne suis pas prêt à faire n’importe quoi pour y arriver ».
Même si la majorité du public se fait avoir par le marketing qui a derrière un album, une fois celui-ci acheté, ils se rendent compte que l’investissement de 20 $ n’était pas à la hauteur. La vague est ainsi faite : « Lorsque l’on dit dans les médias qu’un film à réaliser 4 millions de dollars d’entrée, cela ne dit pas que le film est bon, cela dit seulement que la mise en marché du film a été excellente », souligne l’auteur.
Après avoir présidé le SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) durant cinq ans, Gilles Valiquette est encore un membre du conseil d’administration actif.
À cet effet, la préoccupation du téléchargement illégal est source de toutes les discussions : « Cela fait des années que l’utilisation des œuvres sans compensation est une préoccupation. À chaque génération, il y a ce phénomène. Ce que l’on ne réalise pas c’est que depuis 1924, il y a une entente entre la société canadienne et les créateurs de chansons. Cela dit essentiellement, que l’artiste a beau travailler trois semaines à écrire une chanson, contrairement à celui qui créé une automobile, on ne vous rémunéra pas. Mais cela dit, si votre chanson est utilisée, en quelque sorte si on l’entend, vous aurez droit à être rémunéré. Moi et bien d’autres personnes avons accepté cela, mais le problème que nous avons dans notre société, c’est que peu de personnes sont au courant de cette entente-là. On pense que la musique est comme respirer de l’air, c’est gratuit. Personne ne se préoccupe pas de notre bien-être. Actuellement, les personnes se réveillent et comprennent ces choses-là ».
L’artiste avoue qu’à une époque, acheter un album chez le disquaire était presque un geste religieux. On contemplait ce dernier durant des heures. Il y avait un rapport fusionnel entre l’album et son possesseur. Aujourd’hui, même si le téléchargement a le dos large, Gilles Valiquette témoigne que les choses ont changé. Si de son temps les jeunes avaient deux solutions : du hockey ou faire de la musique, les jeunes actuels sont sollicités par 200 postes de télévision, 40 stations de radios, Internet, jeux vidéos et l’ordinateur. La musique dans tout cela s’est diluée pour devenir du prêt-à-porter depuis l’avènement du Walkman de Sony, où la musique a commencé à être consommée comme un sac de chips. Pour l’artiste, il est important que l’industrie travaille ensemble pour valoriser les œuvres musicales.
Même si une des solutions était d’offrir au public des pochettes plus attrayantes et un emballage original pour ainsi contrer le piratage, il reste que pour Gilles Valiquette, le problème revient aux nombreux administrateurs qui ne regardent que les chiffres : « Quand les temps sont difficiles, ils coupent. Ils souhaitent des pochettes en noir et blanc plutôt qu’en couleur, des livrets de huit pages plutôt que d’offrir 32 pages, les 14 chansons deviennent 10 chansons sur l’album. Ils n’arrêtent pas de réduire l’objet qu’est le CD. Moi qui aime la musique, les livrets et les albums sont des objets spéciaux qui ont droit d’être traités de façon spéciale. Au Japon par exemple, ils ont une façon de traiter les albums avec respect. Ils investissent beaucoup dans la présentation, ceci à cause du piratage qui les envahissait. Pour renverser la vapeur au Québec, il faut redonner une auréole au CD. C’est en offrant du contenu et de la qualité, que le public achètera en plus grand nombre des albums.
Alors que le Québec vit une période creuse dans les émissions de variétés, seul « Belle et Bum » fait figure de « Derniers des Mohicans » en offrant aux artistes de vraies conditions pour diffuser leurs œuvres, les autres chaînes de télévision ont un manque d’intérêt pour la chanson.
« Un des commentaires que l’on me dit souvent c’est que l’on ne me voit plus. Mais il faut dire que nous avons plus la place pour aller chanter. Quand on regarde le domaine de la télévision, ce n’est que des chroniqueurs qui parlent des CD, mais on ne voit jamais l’artiste venir chanter », souligne Gilles Valiquette.
Pour ce dernier, les télévisions investissent dans deux sortes de programmes : les émissions de chaises comme « Tout le monde en parle » et des quiz comme « Le Banquier », car ce sont des émissions qui coûtent très peu d’argent à produire et les côtes d’écoute donnent raison aux diffuseurs.
Son amour du livre
L’auteur est un amoureux du livre. D’ailleurs, dans les années à venir, il ne serait pas imprévu, que Gilles Valiquette publie son premier roman : « Le livre m’a donné le goût de continuer dans l’écriture. Peut-être pas une biographie, en tout cas pas la mienne. Il y a des sujets qui me passionnent comme pour les Beatles (l’artiste est très souvent invité comme conférencier sur le sujet) et comme j’aime partager il y aura certainement quelque chose à réaliser. J’aimerais bien éventuellement me lancer un défi d’écrire un roman. Je pense que l’auteur ne peut pas se mettre à table pour écrire sans avoir vécu des choses. Il faut absorber le quotidien avant de s’exprimer. Si j’avais un roman à écrire dans l’année qui s’en vient et j’essaye de me façonner une histoire qui collerait bien au sujet que je souhaite exploiter, je commencerais à absorber tout ce qui se passe autour de moi en essayant d’attraper des étincelles qui pourraient me mettre sur certaines pistes. Les journaux, la télévision, les conversations, les lectures, les écoutes tout cela est exploitable. Je collectionne ces étincelles dans des calepins ou sur des enregistrements et je repartirai de la même façon que je fonctionne pour les chansons. La seule différence c’est le format. Dans une chanson j’ai 3 minutes pour m’exprimer (environ 30 lignes), tandis que dans un roman j’aurai l’espace dont j’aurai besoin pour développer le sujet ».
L’artiste avoue qu’il possède de nombreux livres. Plusieurs sont en retard, d’être lut. Gilles Valiquette ne peut s’empêcher d’acheter un livre dans une librairie : « J’adore les livres. J’ai grandi avec eux et j’adore cet environnement-là. Avec les auteurs, la place à l’imagination est immense, ce qui est différent du cinéma que l’on absorbe d’une façon passive. On se perd dans l’histoire qui nous est racontée. Si on lit un livre, il y a une rencontre qui se fait entre le lecteur et l’auteur ».
En terminant l’entrevue, Gilles Valiquette souligne que les internautes qui prendront le temps d’envoyer un message sur le site http://www.gillesvaliquette.com à l’artiste, ce dernier répondra aux courriels reçus.
Merci Monsieur Valiquette !



0 commentaires jusqu'à présent ↓
Il n'y a pas encore de commentaire… Donnez le coup d'envoi en complétant le formulaire ci-dessous.