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M.-C. Bernard gagnante du prix "Roman 2008"

L’équipe du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean dévoile aujourd’hui la gagnante du Prix littéraire AbitibiBowater Roman 2008. Publié en février 2008, le jury a retenu le roman de Marie Christine Bernard, originaire de Carleton et maintenannt de Larouche, intitulé Mademoiselle Personne, publié aux éditions Hurtubise HMH.

Avec ce roman foisonnant, au style riche et sensuel, Marie Christine Bernard se hisse au niveau des plus grands et si l’on pense aux Fous de Bassan d’Anne Hébert, ce n’est pas seulement à cause de l’histoire et de son cadre géographique. Les passions de Céleste, perchée sur sa falaise gaspésienne à invectiver la mer qui lui a pris père et amant, se déploient sous les yeux du lecteur dans une polyphonie de voix où passe le bruit du sang et l’odeur des embruns. Ces voix diverses racontent toutes la même histoire : les amours éperdus de Céleste c’est aussi l’amour qu’inspire cette jeune femme, aérienne et transparente comme un rayon de soleil, à plusieurs narrateurs dont la succession forme la trame de ce roman à la construction complexe mais dont la lecture s’avère passionnante. Les intrigues d’un maire sans scrupules, les difficultés et les conflits de la vie des pêcheurs, la violence des années de prohibition, c’est plus d’un demi-siècle de l’histoire d’une petite communauté que Marie Christine Bernard parvient à faire revivre dans le chatoiement d’une écriture qui respire et danse comme la jeune femme qu’elle évoque. Et à travers ces voix qui font à Céleste un halo de passion auquel le lecteur lui-même se prend, c’est la transmission d’une flamme, la succession des âges et des rêves dont sont tissés tous les groupes humains, qui se déploient comme une légende, un mythe, animé par l’ancestrale rumeur des désirs et de la vie qu’ils font pulser. Comme le dit le premier narrateur à celle qui succèdera à Céleste : « Dans le silence des pierres, tu écoutes les voix mortes te parler des amours parties sous la terre. Elles te racontent une histoire. Ton histoire, Aimée. C’est une histoire d’amour. » (p. 315). Un grand roman de lumière et de mer où la vie vient claquer comme une vague odorante.

Dans la même catégorie, le jury a retenu comme finaliste Lise Tremblay, de Montréal et originaire de Chcoutimi, pour son roman La sœur de Judith, édité par Boréal.

Chronique douce-amère de la fin d’une enfance et de la perte des illusions, le cinquième livre de Lise Tremblay est une œuvre de maturité à l’écriture particulièrement maîtrisée. L’efficacité de la narration et la finesse d’un style sans aspérités rendent particulièrement vivante cette évocation de l’été d’une presque adolescente de Chicoutimi-Nord qui, entre rêves de paillettes et premier amour à distance, découvre peu à peu l’envers du décor, l’ordinaire de la vie, le poids des médisances et l’impitoyable regard d’autrui sous lequel on se sent épinglé comme un insecte. Coincée entre une mère « explosive » et son amie Judith dont la sœur semble vouée à un destin de rêve, la jeune narratrice relate gestes et actions d’un quotidien agréablement désœuvré sur un ton en apparence neutre mais que l’habileté de Lise Tremblay parvient à faire sentir chargé d’une émotion secrète et d’un désarroi où se marquent admirablement les incertitudes qui font vaciller cet âge de toutes les métamorphoses physiques et morales. Et justement, nous sommes dans les années soixante et les désirs encore obscurs, les aspirations encore cachées de la jeune fille trouvent un écho dans les soubresauts d’une époque où tout est remis en question. Un roman où plusieurs reconnaîtront leur jeunesse, un texte dont la petite musique vous habite longtemps, comme la mélodie d’une mémoire au bord de l’effacement.

Le jury accorde une mention spéciale à Louis Tremblay, de Saint-Michel-de-Bellechasse et originaire de Dolbeau, pour son roman Une vie normale, publié chez Hurtubise HMH.

Tout au long d’un voyage en autobus qui la mène à une confrontation sans acrimonie avec le responsable de la mort de son fils, une mère donne voix à son deuil. Elle évoque avec une émotion contenue les moments heureux, les tourments, les rages même qu’un enfant lumineux mais trop différent a suscités sur son bref passage. Dans ce roman bouleversant, Louis Tremblay traduit avec une grande pudeur et une économie de moyens très efficace la douleur d’une mère qui s’adresse à ce petit Achille perdu sur lequel plane comme un rêve brisé la grande ombre légendaire du héros d’Homère. Le rythme tranquille de l’écriture évoque le cheminement d’une femme avec une intensité calme qui saisit souvent le lecteur à la gorge. Ce retour à la vie « normale » que le handicap de son fils ne lui a jamais permis de vivre se vit comme une ascèse et livre un formidable message d’espoir en la vie, cette vie qui, quoi qu’il arrive, continue et triomphe. Un grand talent au service d’une histoire criante de vérité qui sait émouvoir sans artifice ni facilités.

Chaque semaine, le Salon du livre a dévoilé le gagnant d’une catégorie des Prix littéraires AbitibiBowater. La remise des prix aura lieu le jeudi 25 septembre lors de la cérémonie d’ouverture officielle de la 44e édition du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À surveiller, le gagnant de la catégorie Récit, Théâtre, Contes et Nouvelles qui sera dévoilé le Jeudi 11 septembre dans le cadre de la conférence de presse qui aura lieu à la Bilbiothèque publique de Chicoutimi à 10 h.

Voici d’ailleurs les œuvres présélectionnées dans la catégorie Récit, Théâtre, Contes et Nouvelles des Prix littéraires AbitibiBowater 2008 du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean :

• Daniel Danis, Kiwi (L’Arche éditeur)
• Daniel Danis, Sous un ciel de chamaille (L’Arche éditeur)
• Danielle Dubé / Yvon Paré, Le bonheur est dans le fjord (XYZ)
• Jean-Rock Gaudreault, Le navigateur et l’enfant (Lansman)
• Stanley Péan, Autochtones de la nuit (La Courte échelle)
• Larry Tremblay, Abraham Lincoln va au théâtre (Lansman)

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Source : Chantale Tremblay
Coordonnatrice aux communications, Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean

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Catégories :Septembre 2008
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