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" Une chaise longue en enfer " de Jacques Hébert + entrevue

Récit :

Voici le récit d’une amitié entre deux hommes, marquée par de multiples dépendances. Longtemps, ils vagabondent ensemble jusqu’à ce que l’un d’eux décide de mettre tout en œuvre pour contrer ses dépendances à l’alcool et aux drogues. L’aventure se termine alors de façon abrupte. L’incompréhension et le tumulte s’installent, séparant finalement les deux compagnons pendant plus de vingt ans.

Arrivé à un état stable, le narrateur tentera d’aider son ami, qui poursuivra, de son côté, se descente en enfer. Malgré la distance, le silence et la colère, l’amitié perdurera au fil de quelques rencontres, hasardeuses ou planifiées.

Comment peut-on sauver quelqu’un de lui-même, même au nom de l’amitié ? Comment peut-on secourir quelqu’un de l’enfer de la multi-dépendance ?

Avis :

C’est sans doute le livre le plus émouvant de l’année 2008. L’histoire est celle de Charlie, un homme qui a une vie tumultueuse et souffre de quelques dépendances. Dans le récit, Jacques Hébert est Claude Chevalier. Un jour dans un aéroport les deux hommes se croisent et deviennent des amis.

Ce récit survole avec une très grande intelligence le problème des dépendances sans jamais faire la morale, mais plutôt aide les personnes gravitant autour d’eux à comment se comporter avec eux, de mieux les comprendre.

La force de ce récit, il se lit comme un roman et c’est sa grande force. Les dialogues sont très bien écrits et les mises en contexte sont très réussies.

Comme moi, vous serez très vite sous le charme de l’histoire, mais aussi de l’écriture très émouvante de Jacques Hébert. Vous allez sans doute reconnaître à travers Charlie ou Claude un ami, un parent, votre conjoint, …

Cela ne pourrait m’étonner que le prochain livre de Jacques Hébert soit un roman, parce qu’il possède toutes les ressources et le style littéraire pour réussir. Le conférencier qu’il est, a fait naître un auteur qu’il ne demande qu’à éclore pour nous émerveiller encore.

Un livre merveilleux à lire et à se procurer sans tarder.

Je le recommande fortement.

Auteur :

Compagnon de Louise Portal, Jacques Hébert est un autodidacte. Diplômé en kinanthropologie, il est massothérapeute et fait du « coaching » professionnel. Ce récit autobiographique est sa première œuvre.

 

Références :

Titre : Une chaise longue en enfer
Auteur : Jacques Hébert
Éditeur : HMH Hurtubise
ISBN : 978-2-89647-093-8
Prix : 26,95 $

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Entrevue avec Jacques Hébert

Note : Je ne connaissais pas Jacques Hébert. Pour moi, c’est une véritable découverte et un gros coup de coeur humainement et littéraire. En entrevue, en plus d’être chaleureux, on remarque très vite sa simplicité et sa vision très « zen » de la vie. Un grand monsieur au grand coeur. J’ai déjà hâte à notre prochaine rencontre. À bientôt, Monsieur Hébert!

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MiQ : Pourquoi avoir choisi de préserver l’anonymat de votre ami, d’ailleurs dans votre récit vous l’avez nommé Charlie?
Jacques Hébert : Tout à fait. Vu qu’il a eu une vie assez colorée, qui a dérangé beaucoup de monde autour de lui, puis qu’il a aussi toute sa vie vécu dans l’anonymat, parce que les groupes de supports sont souvent anonymes. Je ne souhaitais pas, qui n’est rien qui soit interprété, que je me serve de lui pour vendre une approche en particulier, c’est par respect aussi envers sa famille. Sous le volet de l’anonymat, cela me laissait toute la liberté, je n’avais plus à m’occuper de la chronologie, de l’exactitude. Je me suis juste inspiré de l’ensemble de sa vie et à cela j’ai greffé des histoires qui lui ont appartenu, qui m’ont appartenu ou à des amis. J’ai ficelé cela à une fiction pour que l’histoire soit facile à raconter.

MiQ : Dans « Une longue chaise en hiver », vous êtes Claude Chevalier. Est-ce aussi pour protéger d’une façon votre vie privée?
Jacques Hébert : Non. Je l’ai écrit ma vie. J’avais tout raconté, j’ai dit ce que j’avais à dire. Pour préserver le narrateur, Claude, je lui prête des choses qui ne m’appartiennent pas. Je voulais vraiment utiliser ce narrateur comme l’avocat du diable, le représentant de monsieur et madame Tout-le-Monde qui n’a rien à voir avec la fiction et de la dépendance et qui se pose les questions d’incompréhensions. Au départ, je n’ai pas voulu écrire un second tome à ma vie, mais raconter l’amitié que j’ai eu avec ce Charlie.

MiQ : Beaucoup de personnes vont reconnaître à travers Charlie, une personne de son entourage. Comment devons-nous agir avec une personne ayant des addictions?
Jacques Hébert : Depuis que le livre est sorti, j’ai eu quelques appels venant de mes amis. Ils me disent que le livre vient les chercher et la particularité des dépendants qui est réhabilitation, parce que c’est long de se reconstruire, c’est le déni. Cela fait partie de l’inconscient, tout son système de valeur et de croyance qui est faussé avec le temps, à force de le rétablir, cela prend du temps. Lorsque l’on vit le déni, c’est comme si la personne passait devant un miroir et pour certains c’est difficile. Dans notre amitié, il y a l’amour, l’accueil et le non-jugement, c’est encourageant. Ils me disent que c’est réel comme portrait, pas de maquillage.

MiQ : Un jour Charlie, rencontre une femme et il l’épouse. Quelques années après, le couple vit une séparation. Est-ce que je me trompe si je dis que Charlie ne sait jamais remis de cela? Qu’il recherchait à travers ces autres relations sa femme?
Jacques Hébert : Non. Charlie cherchera toujours son amour. Il restera d’ailleurs fidèle à l’amour qu’il a vécu avec cette femme. Il essayait de réparer ce qu’il avait cassé en quelque sorte.

MiQ : Votre relation est basée sur une forte amitié, qui a traversé plusieurs tempêtes. Étiez-vous comme des frères?
Jacques Hébert : Des frères oui, mais plutôt j’aime l’image de naufragé. Les naufragés qui se retrouvent sur une île, doivent s’entraider pour survivre. Notre lien était très très fort. C’est à la vie à la mort.

MiQ : L’une des addictions de Charlie c’est le cybersexe et vous dites : « Le sexe virtuel est comparable à une pieuvre dont les centaines de tentacules peuvent vous retenir prisonnier ». Est-ce vraiment le nouveau mal de notre temps?
Jacques Hébert : Il y en a plusieurs qui sont atteints, qui sont en emprise cette ventouse très forte du cybersexe. On ne se doute même pas à quel point cela peut faire des dégâts. Les internautes sont dans un isoloir, ils n’ont pas à sortir de chez eux et ils ont accès à tout, à des choses inimaginables et on ne se doute même pas que l’on peut être quelque part stimulé par ces atrocités. C’est un mal, on commence à comprendre. Il y a de plus en plus d’informations qui circulent et j’en parle dans mon livre ouvertement d’une façon à titre d’information, comme parlée de la progression, je parle aussi d’un groupe qui aide les gens qui sont en emprises avec des dépendances sexuelles. Je décris le processus afin de vulgariser ce problème. Le cybersexe c’est un courant d’air qui peut vous aspirer très vite. Les gens qui dépendent de cela sont intoxiqués par le cybersexe. Ils recherchent toujours ces images qui les mettent en transe. C’est comparable à coup de foudre.

MiQ : On dit souvent que les hommes ont dû mal à exprimer leurs sentiments. Pourtant, Claude et Charlie se confient sans retenue l’un à l’autre. Cette chimie entre vous deux venait de votre amitié qui était basée sur un profond respect de l’un pour l’autre?
Jacques Hébert : Quand les personnes se reconnaissent et que la dépendance peut t’emmener à l’enfer, donc à la destruction, quand t’es aller en enfer, comme Charlie est aller, que Claude réalise l’ampleur de son problème, Charlie revenant de l’enfer il tend la main à ce Claude dans l’aéroport. Charlie dit que cela l’intéresse son sujet et lorsqu’il l’appelle à l’aide c’est que la vie est en jeu. Il n’y a aucune question qui se pose.

MiQ : Le récit bouleversera plusieurs lecteurs et lectrices. Est-ce que le récit donnera lieu à des conférences que vous donnez régulièrement à travers le Québec?
Jacques Hébert : Si on m’invite oui. Dans les entrevues je commence à le faire.

MiQ : Aurons-nous l’occasion de vous voir en conférence (avec Louise Portal) dans la région prochainement?
Jacques Hébert : Présentement aucune conférence dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean n’est prévue. J’aimerais beaucoup cela. J’invite les gens à nous écrire pour donner des conférences.

MiQ : Vous avez un rapport très fusionnel avec le public. Vous vivez comment ce statut d’auteur et de conférencier connu?
Jacques Hébert : Je suis surpris. J’ai écrit mon premier livre dans l’authenticité, même si le deuxième est une fiction. La vérité, le vrai me fascine. Je pense que le public se reconnaît dans mes livres. Lorsque je donne des conférences, je suis vrai, je n’arrive pas avec une prétention. Je suis avec eux, pour eux. Je ne prêche pas, je raconte des constats de la vie qui peuvent en tirer des leçons, mais libre à chacun.

MiQ : Vos projets?
Jacques Hébert : Le circuit littéraire (Salon du Livre, …), des entrevues et depuis quelques semaines j’en ai donné beaucoup. Je serai aussi sur le circuit des bibliothèques, donc j’espère que les bibliothèques vont m’inviter pour parler de mon livre, de ce processus d’écriture. Avec Louise Portal, je donne des conférences en duo et j’en donne aussi seul. Quand nous donnons nos conférences ensemble c’est plaisant, car elle raconte son cheminement, moi le mien et ensuite comment deux êtres si différents se sont rencontrés pour croiser leurs chemins.

Copyright – Made in Québec – Jean-Luc Doumont – 2008
Toute reproduction interdite sans la mention
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Catégories :Octobre 2008
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