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" À l’est de minuit " de Philippe Porée-Kurrer

Récit :

D’étranges phénomènes se manifestent dans un paquebot qui vogue vers l’est, sur l’océan Atlantique. Cela commence par les sons qui s’émoussent, tout comme le goût des aliments, puis les odeurs et les couleurs… Comme si la réalité telle qu’on la connaît disparaissait peu à peu. S’agit-il d’une atrophie des sens, ou effectivement, la réalité est vraiment en train de se dissoudre? Dans ces conditions, où le paquebot arrivera-t-il? Arrivera-t-il quelque part et surtout, restera-t-il seulement un quelque part?

Dans ce roman de l’auteur Philippe Porée-Kurrer, sept voix – cinq hommes et deux femmes – racontent l’histoire qui se déroule dans le navire selon leur point de vue :

  • Preston J. Holoway-Shapiro : Un financier mégalomane intégriste.
  • Raymond Leroy: Un romancier cynique au cœur tendre.
  • Norma Neufeld : Une Mennonite qui voudrait que tous les jours soient     dimanche.
  • William Compson : Le commandant du bateau, un solitaire du vieux Sud qui cultive une malédiction familiale.
  • Rick de Baer : Un éleveur ontarien, bon vivant, qui a faim, toujours faim, trop faim…
  • Louis Touré : Le second, un fils du Sénégal qui prête à la science le pouvoir de résoudre le Grand Mystère.
  • Isabel Mastretta : Une journaliste mexicaine idéaliste et révolutionnaire.

Avis :

Porée-Kurrer vient de marquer un grand coup et pas le moindre. Pour la même histoire, il offre sept visions différentes via des personnages des plus colorés qui soient. Ma préférence và pour Isabel Mastretta, qui grâce à sa vision très particulière méritait un roman pour elle seule. Un personnage comme on les aime, à la fois forte et attachante. Même si pour son précédent roman, je n’avais pas trop aimé le livre dans son ensemble, je dois dire que ce dernier est pour moi, le meilleur de cet auteur. Je me suis régalé, au point d’en demander encore. « À l’est de minuit » résume très bien la cohabitation de différentes personnes ne venant pas du même milieu et de leurs visions si particulières du même évènement. L’écriture est belle et soignée, les personnages attachants et détestables à la fois, bref, ils ne laisseront aucun lecteur indifférent. Un must!

Auteur :

Philippe Porée-Kurrer vient au monde à Fécamp, dans cette Haute-Normandie dont il revendique l’appartenance en la rattachant aux royaumes nordiques de ceux qui lui ont donné son nom. Il passe sa scolarité à l’ombre des murs d’un sévère pensionnat religieux à Rouen, puis assoiffé de liberté « après tout ce gris » et « influencé par Erskine Caldwell », il veut faire tous les métiers et connaître toutes les routes, car déjà il sait qu’il veut écrire et que « cela ne s’apprend pas que dans les livres ». Il est pâtissier à Paris, photographe à Manchester, chef de rang sur le paquebot France – ce qui lui permet de découvrir cinq continents. Il débarque en Amérique du Nord, est grillardin au Texas, colporteur à Montréal, cuisinier au Lac-Saint-Jean, où il rencontre Marylis qui va devenir son épouse. Ensemble, ils font le grand tour du continent, élèvent des chèvres et des chevaux, fabriquent des jouets en bois en Colombie-Britannique, et ils ont six enfants. Puis il est radiotéléphoniste à l’aéroport de Ticouapé, terrassier au Yukon, peintre en bâtiment à Québec, bûcheron, coupeur de tabac, agent d’artiste, directeur de festival et l’on en passe. PPK a le don rarissime de ne pas s’enraciner dans un genre. En effet, rien de commun entre son apocalyptique Retour de l’Orchidée (1990), sa Promise du Lac (1992) et sa Maria (1999), pas plus qu’avec sa Quête de Nathan Barker (1994) ou son Shalôm (1996) (Éd. Sivori), sans parler de Chair d’Amérique (1997) et du dernier né : La Main gauche des ténèbres, qu’il désigne comme un «thriller métaphysique » et avec lequel il semble avoir pris le parti de déstabiliser les plus tolérants. Tout au début, l’histoire semble camper les personnages dans les camps des bons et des mauvais, mais, rapidement, on ne sait plus, la frontière devient floue, et c’est bien là où PPK excelle : au-delà de l’intrigue, laquelle peut satisfaire les plus exigeants en la matière, il nous fait entrer dans un monde où les repères s’évanouissent, et du même coup il parvient à nous révéler l’insondable. Dans le fond, s’il faut trouver un point commun à tous ses romans, on pourrait parler d’exploration car, même sans lier le terme à la notion du voyage, PPK est aussi et peut-être avant tout un explorateur de la conscience. Rédacteur à plein temps, PPK vit actuellement à Toronto qu’il compare à « une nouvelle Babel ». À propos de cette comparaison, il dit ignorer si l’expérience finira comme dans ce qu’il nomme la légende, mais selon lui « l’important est d’expérimenter ». Il ajoute : « À Jérusalem j’ai ressenti l’humanité que les hommes ont perdue en faisant de la technologie leur idole, à Detroit j’ai vu le futur encalminé de l’American way of life, à Toronto je vois la dernière tentation de l’Occident ». Le roman À l’est de minuit, quand à lui, paraît à l’automne 2008, alors que d’étranges phénomènes se manifestent dans un paquebot qui vogue sur l’Atlantique.

Références :

Titre : À l’est de minuit
Auteur : Philippe Porée-Kurrer
Éditeur : Les Éditions JCL
ISBN : 978-2-89431-401-2
Prix : 21,95 $

Copyright – Made in Québec – Jean-Luc Doumont – 2008
Toute reproduction interdite sans la mention
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Catégories :Octobre 2008
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