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" J’ai hâte à vous " de Julie Beaulieu + entrevue

Récit :

Atteinte d’une maladie qui la condamne à mourir à brève échéance, Amélie Samson, jeune romancière dans la trentaine, est l’unique héritière de ce secret incommunicable qu’elle n’ose partager avec quiconque. Or, un jour, Luc Dompierre, un  fervent admirateur, lui envoie une lettre qui la bouleverse profondément. Foudroyé par les œuvres de l’auteure dont il n’a jamais vu le visage, il décèle en elle une fougue familière à la sienne, la candeur d’un érotisme franc, tout comme une sensibilité unique. C’est ainsi que pour lui, rien que pour lui, elle reviendra à la vie avec les mots juste avant la mort. Commence alors une correspondance soutenue qui aboutira à une liaison amoureuse passionnée, le jour précédant la mort d’Amélie. Ensemble, ils prendront une bien grande et toute dernière respiration.

Avis :

Pour les lecteurs et lectrices qui espéraient que ce livre soit à une saveur érotique, détrompez-vous. À part un passage sensuel, le reste est dans la plus pure tradition du roman.

Quand la mort ressemble à l’amour et au désir, cela aurait pu devenir étrange, mais sous la plume de Julie Beaulieu, avec son écriture douce et très enjouée, ce mélange devient succulent.

Même si l’histoire est banale — une femme qui se sait condamnée, reçoit une lettre d’un admirateur. Elle commence avec lui une correspondance qui deviendra de plus en plus intense jusqu’à la rencontre finale qui sera très passionnée — l’auteure arrive avec facilité à captiver son lecteur sans jamais le laisser abandonner le livre.

« J’ai hâte à vous » est une histoire de passion entre deux êtres. Elle s’accrochera à lui jusqu’à ces derniers moments. L’écriture est maîtrisée, ne manque pas de maturité, ni d’originalité et elle possède un style littéraire déjà bien à elle.

À découvrir.

Auteure :

Née en 1974 à Québec, Julie Beaulieu se passionne dès l’adolescence pour l’écriture et la communication. Après un DEC au Collège de Limoilou en Lettres et communications, elle débute un BAC en Communications publiques en 1997. Elle travaille présentement dans la fonction publique, en plus d’être pigiste et chroniqueuse pour différents magazines et médias électroniques, notamment pour les magazines Adorable et J’écris. Madame Beaulieu est également membre de l’équipe de rédaction du site Internet Info-culture.biz. Toujours résidante de la région de Québec, elle est l’auteurs du roman Un peu après minuit, publié en 2006 chez Lactôt éditeur, ainsi que coauteure de Québécois et musulmans, main dans la main pour la paix, un collectif publié en 2006 à la même maison d’édition. Depuis la parution de son premier roman, Julie Beaulieu réalise ainsi un rêve, celui d’être convaincue qu’il existe une place pour ses personnages que des lecteurs attentifs et captifs prendront plaisir à connaître. J’ai hâte à vous est son premier roman édité aux Éditions JCL.

Références :

Titre : J’ai hâte à vous
Auteure : Julie Beaulieu
Éditeur : Les Éditions JCL
ISBN : 978-2-89431-403-6
Prix : 17,95 $

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Entrevue avec Julie Beaulieu

MiQ : Quelle a été le point de départ de ce roman?
Julie Beaulieu : C’est en lien avec une lecture que j’ai faite d’un écrivain français, Georges Bataille. Ce dernier a écrit un livre sur le lien entre la mort et l’érotisme. Il démontrait presque mathématiquement ce lien. Cela a suscité mon intérêt et je me suis dit que j’aimerais utiliser la mort et l’érotisme. Je souhaitais démontrer à mon tour qu’il existe un parallèle entre ces deux états et pour ma part de le romancer, non pas de l’expliquer.

MiQ : Est-ce que vous avez appris des choses sur la mort et l’érotisme?
Julie Beaulieu : Évidemment. Plus on en lit sur le sujet et plus on développe des personnages qui entrent en parfaite cohésion. Mon héroïne connaît la date de sa mort et elle va côtoyer l’érotisme de très près juste avant la mort. Je suis parvenue même moi à me convaincre que l’érotisme et la mort étaient deux états similaires, juxtaposés l’un sur l’autre, pris l’un à l’intérieur de l’autre et quand on approchait de la mort on pouvait côtoyer une forme d’érotisme rare. Les peurs, les euphories, les incertitudes, l’abandon, les inquiétudes génèrent ces deux états similaires.

MiQ : Est-ce que dans Amélie Samson il y a une ressemblance avec Julie Beaulieu?
Julie Beaulieu : Non. Il n’y a aucune ressemblance avec moi. Du moins pas au niveau de la vie, de la mort prochaine. Vous savez un écrivain va toujours plonger à l’intérieur de soi. Nous avons des moments de solitude. Lorsque j’écris, j’ai besoin de cette solitude pour me retrouver. Je vous dirai que le caractère passionné et fougueux de mon héroïne me ressemble un peu. Je suis quelqu’un de très passionné, qui aime extérioriser ses sentiments, ses impressions et j’ai tenter d’écrire une héroïne sous ces traits caractéristiques là pour qu’elle soit intéressante.

MiQ : Est-ce que votre rapport avec la mort a-t-il changer?
Julie Beaulieu : Je vous dirai que pour ma part, la mort m’effraye beaucoup. Je suis dans la trentaine, je côtoye la mort par la famille qui vieillit. Je dirai que ce qui est rassurant dans la mort, c’est de croire qu’il y aura des moments réconfortants. Sois seul avec soi-même, soit avec l’entourage. Ce que je crains de la mort, c’est de mourir seule. Dans cet état d’esprit là, j’ai décidé que mon héroïne n’allait pas mourir seule. Je l’ai fait mourir comme je souhaiterai mourir, dans un abandon total. Il ne faut pas oublier que la mort et l’amour sont deux états universels. Que l’on soit riche ou pauvre, nous allons tous aimer et mourir.

MiQ : Écrire des romans semi-érotiques n’est pas le style littéraire le plus répandu auprès des auteurs. Est-ce que vous vous sentez comme une auteure à contre-sens?
Julie Beaulieu : Je lis des auteurs de romans populaires qui parlent de tout et de rien et qui ont des scènes érotiques très explicites comparées à mes livres. Ce que j’ai vraiment insister à faire dans ce roman, parce que mon premier ouvrage était un roman érotique, était d’aborder l’érotisme à un autre niveau. L’érotisme ce n’est pas juste une pénétration, une langue dans la bouche d’un autre. Je pensais que cette fois-ci, cela allait très facile pour moi d’écrire la seule scène érotique, puisque j’en ai l’habitude d’en écrire, je me suis rendu compte que ça été la scène la plus difficile à écrire. Il fallait que je démontre justement que l’érotisme n’était pas juste une baise, une fusion l’un dans l’autre. L’érotisme dépasse tout cela. Je traite ce sujet en étant assez délicate, mais aussi très dérangeante parce que l’on sent très bien que cette femme va mourir et que c’est la dernière fois qu’elle goûte et qu’elle touche à l’amour. Il a fallu que je démontre tout son amour au plaisir de ces sens, de l’odorat, du toucher, …

MiQ : Imaginons qu’un matin, vous, Julie Beaulieu, vous recevez des lettres enflammées d’un admirateur. Quelle serait votre réaction?
Julie Beaulieu : Je vous dirai que je serai ravie de recevoir des commentaires qui sont très peu nombreux dans le domaine de la littérature. Je ne fermerai pas les portes à des correspondances avec ces personnes, cependant je n’irai pas jusqu’à une liaison amoureuse. Je serai un peu plus craintive.

MiQ : Amélie est une grande amoureuse, qui s’accroche à Luc Dompierre comme à une bouée de sauvetage. Luc Dompierre ressemble-t-il à beaucoup d’hommes de nos jours?
Julie Beaulieu : Non. Je crois que Luc Dompierre comme il en existe très peu. Il est un homme qui a choisi la romancière pour s’identifier. Il ose beaucoup. Il ose aller jusqu’à elle pour là séduire, au moment, où il apprend que cette femme va mourir. Il n’a pas d’objectif précis en écrivant à Amélie de la séduire. Peu à peu ils se découvrent qu’ils s’emboîtent l’un dans l’autre au fil de leurs correspondances, une chose qui est très magique c’est qu’ils se connaissent tellement autant avant de s’être rencontrés. Avec l’arrivée de l’Internet, des agences de rencontres proposent de se découvrir avant une réelle rencontre. Dans mon livre, ce sont des lettres qu’ils s’envoient et non des courriels, c’est l’ancienne méthode classique. Ces dernières nécessitent de prendre le temps pour l’écrire.

MiQ : Pour écrire un roman à base d’érotisme, doit-on mettre une certaine gêne de côté pour se livrer pleinement à ce type d’écriture?
Julie Beaulieu : Oui, définitivement. Ma façon de travailler est que dès lors que j’ai une idée, je l’écris. Même si cela est gênant, tabou. Je ne me censure pas. J’écris mon chapitre au complet, même si je me dis que cela pourra être publié et qu’il faudra le retravailler. Dans la plupart du temps, à 99 % des cas, je conserve ces textes.

MiQ : Dans votre roman, on ressent une grande admiration pour Benoîte Groulx. Est-ce une auteure qui vous a influencée?
Julie Beaulieu : J’ai une grande admiration pour elle. J’ai reçu en cadeau son roman « Les vaisseaux du coeur« . C’est le plus beau roman d’amour que j’ai lu. Même si je ne parle pas beaucoup d’amour dans mes romans, je ne suis pas quelqu’un qui aime les lectures faciles. J’aime quand il y a une complexité, j’aime quand on se questionne, on se remet en question. Je déteste les romans Arlequin ou Danielle Steel. Benoîte Groulx a réussi à écrire un roman bien simple, expliquer aussi d’une façon très simple, que l’on se rend compte que l’amour ce n’est pas de grandes choses.

MiQ : Quels sont vos projets?
Julie Beaulieu : Écrire encore et toujours. Après l’écriture d’un roman, j’ai souvent une routine. D’abord, quand arrive le moment d’effectuer des correctifs, ou que l’on doit fermer le livre, je trouve cela très douloureux. En tant qu’auteure, je me suis imprégnée de ces personnages et je n’ai pas envie de les quitter. Nous faisons un métier d’égoïste, mais un moment donné, faut le refermé, et faire confiance a l’éditeur de le transporté jusqu’au public.

Copyright – Made in Québec – Jean-Luc Doumont – 2008
Toute reproduction interdite sans la mention
https://madeinquebec.wordpress.com

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Catégories :Novembre 2008
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