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“ La couturière : T.1 – Les aiguilles du temps “ de Francine Allard + entrevue

Récit :

couturiere Un autre roman d’époque, direz-vous. Les Québécois aiment résolument leur passé et les écrivains affluent pour le leur raconter. Francine Allard nous offre en La Couturière, une trilogie qui débute en 1910 et qui se terminera avec le troisième tome, vers les années 1980. Dans Les aiguilles du temps, tome 1, l’écrivaine nous raconte la vie quotidienne de ses personnages bardés de sincérités et d’originalité : Émilia Trudel et Donatienne Crevier que l’auteure fait revivre en alternance. Ces dernières connaîtront une existence entrelacée d’étonnantes découvertes et apprendront la méfiance, la vengeance mais aussi l’amour fou, l’amour qui dérange. L’une d’elle deviendra couturière chez les riches familles montréalaises qui marient leur fille et pour lesquelles Émilia créera des robes perlées, agrémentées de passementeries et de dentelle, qui feront la réputation de mademoiselle Émilia. L’autre cherchera à refaire sa vie après avoir mis au monde un fils illégitime. Donatienne connaîtra la perfidie, mais aussi l’amour auprès d’un père trappiste de l’Abbaye d’Oka. Étrange ? Peut-être, mais très documentée, cette histoire d’amour née d’un attachement aux plantes et aux fleurs, saura en étonner plusieurs. Émilia et Donatienne, deux femmes liées par le destin du début de cette saga, se perdront de vue pour se retrouver en fin de vie.

Avis :

Francine Allard est une auteure entière. Elle touche à tous les styles littéraires et les Éditions Trois-Pistoles publient son plus récent roman « La couturière », une saga qui s’étalera sur plusieurs tomes. Le lecteur sera plongé au coeur de Lachine en 1910, puis à Oka. Le destin de ces deux femmes touchera un nombre conséquent de lecteurs et de lectrices qui vont reconnaître un membre de leurs familles. C’est un roman qui dépeint avec finesse et brio, les moindres faits et gestes de ces familles de l’époque. L’auteure qui aime bousculer son lecteur, aura encore son lot de surprise dans ce livre. « La couturière » s’inscrit dans ces oeuvres qui ne s’oublient pas. Émilia et Donatienne, vont vivre en vous comme un membre de la famille.

Un roman qui se lit avec plaisir et surtout avec passion.

Une réussite sur toute la ligne, signée par une auteure unique au Québec.

À lire sans hésiter.

Auteure :

n629407997_441285_6033 Dans cette nouvelle oeuvre de Francine Allard, qui a touché à la littérature pour la jeunesse, à l’essai, à la poésie et à la chronique d’opinion, ses lecteurs seront encore une fois sous l’envoûtement, entraînés par des dialogues originaux, par la poésie des descriptions, par la force des métaphores, et par l’humour qui se dégage toujours de son écriture expérimentée.

Références :

Titre : La couturière : T.1 – Les aiguilles du temps
Auteure : Francine Allard
Éditeur : Les éditions Trois-Pistoles
ISBN : 978-2-89583-186-0
Prix : 24,95 $

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Entrevue avec Francine Allard

MiQ : Quel fut le point de départ du roman?
Francine Allard : Mon père, qui lit tous mes livres, a une grande crainte : que je le prenne comme personnage et que quelqu’un le reconnaisse. Il y a quelques années, il m’a suggéré de m’inspirer de sa tante Émilia Allard qui habitait chez eux quand il était jeune. Elle n’y habitait que sporadiquement, puisqu’elle vivait plusieurs mois dans les familles chez qui elle allait coudre pour un futur mariage. J’ai encore une jolie robe que m’a cousue cette tante Émilia en 1956. L’arrière grand-père Josaphat a épousé sa jeune belle-sœur et il a eu une autre douzaine d’enfants avec elle. Je ne les ai pas tous mis en scène. Le reste est pure fiction.

MiQ : Avoir à cette époque un enfant illégitime, n’était pas dans les mœurs. Comment avez-vous abordé ce sujet délicat?
Francine Allard : Il y a eu beaucoup d’enfants illégitimes à cette époque, et des milliers d’enfants sans père, (à cause de la guerre). La monoparentalité était une situation aussi présente que de nos jours mais à cette époque, tous les adultes élevaient les enfants. Donatienne n’a éprouvé aucune honte de mettre au monde un enfant sans père parce qu’elle était heureuse de porter l’enfant de son grand amour. À l’époque du roman, les jeunes filles étaient poussées par leurs parents à accoucher en cachette. Mais Donatienne était une adulte et n’avait aucune raison de craindre ses parents. Elle est là la différence.

MiQ : Vous abordez l’amour sous un jour nouveau : l’amour qui dérange. Aimez-vous bousculer le lecteur?
Francine Allard : J’ai toujours bousculé mes lecteurs. Et j’ai toujours voulu écrire sur ces femmes qui aiment beaucoup (pas trop) et qui reçoivent beaucoup d’amour en échange. J’ai dû être ainsi et mes filles sont aussi des passionarias. Il y a encore des femmes heureuses. Ce sont celles qui me plaisent le plus. Tannée d’entendre les femmes se plaindre dans la littérature québécoise!

MiQ : Donatienne part vivre à Oka. À travers son histoire, souhaitiez-vous rendre hommage à la ville que vous habitez?
Francine Allard : Non. Oka est une ville dortoir. Plate à ronfler. J’ai plutôt compris qu’en utilisant Oka pour y envoyer vivre Donatienne, je voulais me rapprocher des autochtones, des gens de mon village et de l’histoire des Cisterciens de la Trappe qui ont été très présents dans la vie des Okois. Je parle dans mon livre de Verdun également, ville qui m’a vue naître. Et de Lachine où mon père est né.

MiQ : À la lecture du roman, le lecteur s’apercevra de la richesse de vos recherches que vous avez menées pour recréer toute cette époque. Combien de temps avez-vous travaillé à ces recherches ainsi qu’à la mise en place de vos personnages?
Francine Allard : La recherche pour que cette trilogie soit bien installée dans son contexte a pris trois fois plus de temps que l’écriture elle-même. Les automobiles, la vie à Lachine, le système de transport, la vie des moines d’Oka, les dizaines de pharmacopées amérindiennes, la Flore laurentienne, les livres et les magazines de l’époque sur la mode, la situation politique de 1906 à 1938, et j’en passe, ont été scrutés à la loupe car un roman d’époque doit s’assurer d’être rigoureux d’un bout à l’autre. Je vais d’ailleurs inscrire la bibliographie de toutes mes recherches à la fin du troisième tome.

MiQ : Vous avez écrit de la littérature jeunesse, des essais, de la poésie, des chroniques d’opinions. Trouvez-vous un point commun entre toutes ces différentes façons d’aborder l’écriture?
Francine Allard : Pour moi, un véritable écrivain écrit. Il écrit de tout. Certains poètes, qui pourtant ont la cote du milieu littéraire bien souvent, sont incapables d’écrire un texte en prose qui se tienne. J’écris de tout avec un même souffle. Et je suis probablement un cas d’exception.

MiQ : Le roman historique connaît une grande popularité au Québec. Qu’est-ce qui vous a attirée dans le roman historique plutôt que d’écrire un roman contemporain?
Francine Allard : Vous l’avez dit : le roman historique connaît une grande popularité. Ils ne sont pas tous d’égale qualité au niveau de l’écriture. Il ne s’agit pas de donner des détails d’un autre siècle pour réussir. Jacques Lacoursière me disait que le génie du roman historique de qualité, c’est de faire passer les notions historiques dans les dialogues entre les personnages pour ne surtout pas avoir l’air de donner un cours d’Histoire. Il a tellement raison. C’est mon mentor, cet homme. J’ai consulté tous ses livres.

MiQ : Pour revenir au roman, Donatienne et Émilia sont des pionnières de l’affirmation de la femme dans notre société. À travers ces deux personnages, souhaitiez-vous rendre hommage à l’ensemble de ces femmes de cette époque?
Francine Allard : Je n’ai pas souvent inventé des personnages féminins qui n’aient pas de caractère. Je suis une femme de décisions, et je ne connais pas la langue de bois. Je suis aimante et attachante, me disent mes amis. Mes personnages le sont tout autant. Je ne suis pas au sens du terme, une féministe. Je le suis dans ma propre constitution. Quand je cuisine pour mon amoureux, je n’ai pas besoin de penser aux pauvres femmes au service des hommes. Les amoureuses ne sont généralement pas féministes. Elles agissent. J’ai déjà écrit ceci : Le féminisme naît chez celles qui en ont tout à coup besoin. La femme heureuse avec un homme ne sort pas son arsenal antimasculiniste. Si j’avais voulu rendre hommage aux femmes du début du XXème siècle, elles auraient été toutes différentes de Donatienne et d’Émilia, fort probablement.

MiQ : Ce roman permet de rendre un bel hommage à ces couturières qui concevaient des vêtements uniques. Avez-vous été émue en découvrant l’histoire de ces femmes?
Francine Allard : J’ai surtout été étonnée, quand j’ai parcouru le dictionnaire de la mode au Québec, du nombre impressionnant de créatrices de mode au début du XXème siècle. Gabrielle Bernier, entre autres, qui après une carrière dans la couture, a même ouvert un restaurant et a vécu à Oka. J’ai aussi été remuée quand j’ai lu que le premier ministre King se mêlait de la mode durant la deuxième guerre en forçant les maisons de couture à créer des vêtements plus sobres, sans fermetures Éclair, sans boucles de ceinture, sans boutons de métal… afin de conserver tout le métal pour fabriquer les munitions. J’ai compris tellement de choses!

MiQ : Si vous aviez vécu à cette époque, vous auriez été Émilia ou Donatienne?
Francine Allard : Donatienne, sans l’ombre d’une hésitation. J’adore mariner dans une baignoire avec des herbes calmantes et du savon artisanal. Je suis aussi libidineuse qu’elle, d’ailleurs (rires). J’aime et je connais les plantes.

MiQ : La particularité de ce roman, est qu’autant les hommes et les femmes, vont reconnaître un membre de sa famille. Était-ce pour vous primordial de coller à ce quotidien de la population québécoise?
Francine Allard : Je n’ai pas réfléchi à cela. J’écris et les personnages s’imposent d’eux-mêmes. Écrire un roman d’époque, c’est se coller de toute façon au quotidien des gens. Les Québécois sont très attachés à leur passé. Je savais qu’en écrivant La Couturière, j’aurais plus de succès auprès des lectrices qui sont légion. Vous savez, j’arrive à peine à vivre de mes droits même après plus de 45 livres publiés! La Couturière devrait m’aider à mieux apprécier mes journées passées devant mon ordinateur ou le nez dans mes livres de références.

Copyright – Made in Québec – Jean-Luc Doumont – 2009
Toute reproduction interdite sans la mention
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Catégories :Février 2009
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