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“ Le jour et l’heure “ de Guy Bedos + entrevue

Récit :

untitled Il a beau être cinéaste et non pas acteur ni humoriste, le narrateur du Jour et l’heure ressemble à Guy Bedos comme deux gouttes de fiel et deux pincées d’arsenic. Son succès est derrière lui, il en veut à la terre entière, n’est plus tout jeune et songe sérieusement à en finir bientôt avec la vie. Sa seule condition : choisir le jour et l’heure. Mais il n’a pas prévu qu’en laissant traîner les pages où il exprime sa colère et son ressentiment, ses pulsions suicidaires et ses dernières pensées amoureuses, chacun de ses enfants aura le loisir à tour de rôle de les découvrir, de les lire, de lui répondre. Pour son premier roman, aussi décapant et incorrect que l’on pouvait l’espérer, sinon l’imaginer, Bedos a donc choisi le livre à plusieurs voix : un père, son fils, ses filles. Oui, ce personnage attachant et insupportable, terriblement lucide sur le monde qui l’entoure, proche et lointain, possède bien le ton et la force de son auteur, mais aussi bien sûr, et surtout, un vrai désespoir de juif new-yorkais qui serait né accidentellement en Algérie, avant-guerre.

Avis :

Bedos signe un premier roman. Il aurait pu choisir un roman léger, mais sa perfection et son professionnalisme a voulu que ce soit un roman où le lecteur sera mis en face à ces propres préjuger face à la mort.

Mais ne pensez pas que ce roman est noir et triste, il est rempli d’amour. C’est réellement un message d’espoir à l’amour. Même si le thème abordé est le droit de mourir dans la dignité, il apporte sa touche avec douceur et à la fois moqueur.

Sur le mariage il écrit : “Quand je lui ai demandé sa main, je ne savais pas que j’aurais autant besoin de la mienne!

Ce roman espérons que ce ne sera pas le dernier, car c’est un pur plaisir sur toute la ligne. Comme il l’écrit à la dernière page : “À bientôt, mes amours. Je m’éloigne mais je ne vous quitte pas”.

Un grand roman. À lire tout de suite!

Auteur :

Guy Bedos est né en Algérie en 1934. Il a déjà publié, entre autres, Envie de jouer (Le Seuil, 1995), Arrêtez le monde je veux descendre (Cherche Midi, 2003).

Références :

Titre : Le jour et l’heure
Auteur : Guy Bedos
Éditeur : Stock
ISBN : 9782234061514
Prix : 24,95 $

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Entrevue Guy Bedos

Note : Pour tout avouer, avoir en entrevue Guy Bedos, était un rêve, mais aussi un grand stress. Souvent dépeint comme un colérique, j’ai eu au téléphone un homme charmant, simple et tellement chaleureux. L’entrevue à durer 20 minutes, mais ce sont les 20 minutes qui m’ont paru les plus courtes, j’en aurai pris encore le triple en sa compagnie. Oui, je suis fan de Guy Bedos depuis bien longtemps et cela a été un honneur de lui parler. Devant une telle longévité, un parcours exemplaire et devant un esprit très vif et jeune, on ne peut qu’être admiratif. Un artiste avec un grand A et un grand Monsieur avec un grand M. Merci MONSIEUR BEDOS !

Dès le début, il m’annonce que sa tournée marathonienne d’entrevues se passe merveilleusement avec des personnes charmantes à chaque rencontre. Son premier roman “Le jour et l’heure” est le récit d’un homme qui souhaite mourir dans la dignité et non dans la déchéance. Pour l’humoriste, c’est un message d’amour : “Je me suis caché derrière un personnage, même si on me dit qu’un son que l’on reconnaît. Je n’ai pas écrit ce livre, comme si j’écris un spectacle. Tout cela n’est pas de l’oral. Je vis de ma plume depuis 50 ans. Mais vous avez raison, c’est un message d’amour avant tout”.

Dans son roman, un jeu de correspondances s’installe entre le père et ces enfants, qui donnent des échanges d’une réelle tendresse, mais aussi de douce férocité. Pour ce dernier, le travail de reconstitution familiale fut important sans pour cela, tomber dans le réel : “Mes enfants ne sont pas les enfants que je décris dans le livre. Ils ont des métiers différents et moi je ne suis pas réalisateur. Avec mes enfants, c’est vrai, il y a dans la vie une relation fusionnelle qui m’a aidé. Cela m’a permis de construire cette sorte de correspondance, cet échange entre le père et ces enfants. Les échanges sont tendres et violents à la fois, mais cela ressemble à ma tribu”.

À la lecture du roman “Le jour et l’heure”, les lecteurs découvriront une similitude dans le sujet traité à la façon de Philip Roth. Guy Bedos, ne cache pas son admiration pour ce dernier : “Vous avez raison. D’une certaine manière, c’est un auteur que j’apprécie énormément. Il utilise cette technique que j’ai inclus dans mon roman. En Europe, ils se sont beaucoup demandé si ce roman était autobiographique. Tout cela est une façon d’écrire romanesque, où la réalité et la fiction se croisent constamment. Dans ce dernier, je me suis permis aussi de faire une écriture de reportage. La mère décrite dans mon roman c’est ma mère. Les écrivains sont des cannibales”.

Tout au long du récit, le lecteur découvrira des phrases parfaites, bien maîtrisé dont “Je veux mourir par amour de la vie”. Mais est-ce un acte d’amour de cesser les souffrances d’une personne que l’aime? La réponse est sans équivoque : “Oui. J’ai parlé avec plusieurs personnes, dont Marie Imbert, qui a fait de la prison parce qu’elle avait aidée son fils à mourir, il était paralyser, ne pouvait plus s’exprimer. Il voulait partir d’une façon digne. C’est un acte d’amour que je raconte dans le livre”.

L’homme aux multiples talents, écrit régulièrement des chroniques sur son site Internet. Dans la chronique “Dégueulasse”, il écrit “Faire du drôle avec du triste, c’est ma devise”. Mais peut-on rire de tous les malheurs? : “La définition de l’humour qui est la seule que j’accepte c’est : “Prendre le risque d’en manquer”. Je dois vous dire qu’une autre définition que j’apprécie elle dit : “L’humour est la politesse du désespoir”.

Alors que certains médias l’annoncent à New York pour deux spectacles, il confie que cela ne se fera pas pour des questions de visas. Pourtant, Guy Bedos regrette un peu que ces deux spectacles soient annulés : “Le spectacle ne se fera pas pour des questions de formalités, cela a été annulé ou reporté. Je serai privé de faire le pitre à Broadway”.

Pour la première fois dans sa carrière, il donnera deux spectacles à Montréal, mais Guy Bedos connaît le Québec et les Québécois : “Je suis venu en ami, visiter mes amis comme Charlebois, Carole Laure ou encore Yvon Deschamps. Je suis venu pendant l’été indien, c’était super et cela faisait plaisir à ma femme qui souhaitait venir au Québec depuis longtemps. Je suis très heureux de rencontrer les gens ici, je ne cesse de m’émerveiller de la bienveillance et du charme qu’ont les rapports humains au Québec. Contrairement à ce que certains peuvent penser, même si je suis voué à être un peu cruel sur scène, je suis plutôt un bon garçon, mais il ne faut pas que cela se sache”.

Une partie attendue par les spectateurs sera la célèbre “Revue de presse” où il égratigne les politiciens. Pour les deux spectacles à Montréal, Bedos adaptera cette dernière pour le Québec : “Elle sera adaptée un peu. Je ne prétends pas faire une satire de la politique du Québec, parce que cela me semble moins urgent que le faire pour la France avec Sarkozy qui est ma bête noire. Il me noircit de plus en plus. Il semblerait même qu’il est réussi à déplaire beaucoup ici et quelque part cela m’arrange. J’ai supprimé beaucoup de choses, dans ma revue de presse française. Je suis toujours étonné que les Belges ou les Suisses connaissent autant la politique française. Je ne prétends pas non plus donner des leçons, je serai le candide. J’ai eu un rapport sympathique avec les grévistes du Journal de Montréal, je les soutiens et je trouve que c’est la première chose que je trouve moins agréable au Québec. Sinon, le Québec est une société beaucoup plus fraternelle, plus aimable que la France qui est vraiment crispée en ce moment”.

Il y a quelques années, avec la montée du Front national, Guy Bedos avait dit à ces enfants que si Le Pen était élu, la famille Bedos partirait s’installer au Québec. Sa fille, qui avait huit ans à l’époque, ne souhaitait qu’une chose, c’est que Le Pen soit élu pour venir s’installer ici : “À chaque fois qu’elle voyait Le Pen à la télévision, elle me disait : “On part au Québec papa!” Elle était très heureuse de cette idée”.

Vu du Québec, Bedos est le patriarche de ces jeunes humoristes et il accepte volontiers ce statut : “Cela me touche le mot patriarche. Beaucoup de jeunes humoristes se disent mes “enfants”. Je pense à Stéphane Guillon par exemple. Coluche m’appelait “Papa”. Le hasard a fait que j’ai introduit le stand-up comique. Avant on se cachait derrière un personnage, moi j’ai essayé en improvisation le “Je”, c’était risquer, mais cela a plu au public. Concernant le stand-up, je pense qu’il y en a trop. À Paris, il y a 200 spectacles de ce genre, il est impossible pour ces jeunes de se faire remarquer. Pour en revenir au “Je”, j’avait été encourager par le succès de mon livre “Je craque”, où j’écrivais ce que je pensais de la classe politique et des autres personnalités”.

Une tournée au Québec, ne lui déplairait pas. Il se dit que si les deux spectacles reçoivent un bel accueil, son ami Guy Latraverse pourrait envisager une tournée au Québec. En terminant, Guy Bedos annonce qu’il sera de retour sur scène à Paris et qu’il tournera un film avec Jeanne Moreau entre autres.

À bientôt, cher Maître Bedos !

Copyright – Made in Québec – Jean-Luc Doumont – 2009
Toute reproduction interdite sans la mention
https://madeinquebec.wordpress.com

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Catégories :Février 2009
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