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Archive for 2 avril 2009

Trois nouvelles publications aux Éditions Trois-Pistoles

L’ordre des forêts d’Isabelle Vinet

Récit :

191-4 L’Ordre des forêts est une étreinte enflammée, étreinte déchirante et conciliante qui se resserre autour de Marianne, de son désir de naître à nouveau. Dans la solitude de sa maison de campagne bâtie en plein bois, Marianne sera encerclée par une faune dévorante, sauvage et tendre, à laquelle elle n’a aucun désir de résister. Si L’Ordre des forêts commande un érotisme sans fausse pudeur et couche douillette, il ne faut pas y voir une condition incontournable imposée par les lieux mais plutôt l’aboutissement inévitable d’un naufrage souhaité.

Avis :

Voici une découverte magique dans tous les sens du terme. Je pense réellement que le célébrissime Victor-Levy Beaulieu a su repérer chez Isabelle Vinet un talent en plein essor. Pour un premier roman, c’est bien loin d’une oeuvre littéraire avec des bémols – comme le sont souvent les premiers romans – ici en pleine capacité de son écriture, Vinet signe un roman touchant, attachant, troublant et tellement gracieux. Si vous aimez le jeu des corps et ce délicieux mélange entre l’abandon et la jalousie, vous allez tomber sous le charme du style littéraire de Vinet qui personnellement m’a émerveillé dès la première page. Avec son talent et son écriture parfaite, elle arrive dès les premières lignes à subjuguer son lecteur et elle l’accompagne ce dernier tout au long des pages sans jamais l’abandonner. Elle conserve son suspense en tissant son histoire avec parcimonie et offre tout un voyage à son héroïne Marianne qui souhaite se sentir abandonnée dans cette solitude. C’est avec ce genre de roman que l’auteur arrivera à ramener le lecteur – qui aurait pu délaisser le style romanesque – pour le réconcilier avec un beau et grand roman. Une oeuvre intelligente et tellement enrichissante. Bravo!

Auteure :

Psychologue de carrière et résidant à Charny tout près de Québec, Isabelle Vinet trace le portrait d’une femme dépossédée de sa vie soudainement naufragée sur une terre d’hommes. L’ordre des forêts nous fait partager les tensions et les désirs de Marianne, femme de carrière qui décide de fuir ceux et celles qui l’ont dépossédée de sa vie. Cette fuite la conduit vers un refuge qui lui semble idéal, une maison de campagne bâtie en plein bois, à des kilomètres de la grande ville étouffante, où la solitude chantonne entre les épines de sapins et les branches des bouleaux mais qui résonne, à grands coups d’abattis et de faune braconnée, d’une présence mâle toute tribale et toute voisine qui fera naître les tensions, les curiosités, les attachements imprévus et les dénouements inattendus.

Références :

L’ordre des forêts – Isabelle Vinet – Éditions Trois-Pistoles – 978-2-89583-191-4 – 29,95 $

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Le brigadier de Gosley de Caroline Moreno

Récit :

189-1

Il suffit de si peu
pour se sentir vivant.
Il suffit d’un malheur.
Celui des autres.

Gosley est un petit village comme il y en a tant au Québec : quelques pâtés de maisons, une église, une laiterie, un dépanneur, une école et des champs où s’amusent les enfants. Il ne se passe rien, du moins en apparence, car les pulsions de vie et de mort y sont souterraines. La disparition subite du jeune Aurélien Cotton, son viol et sa mort obligent tous les habitants de Gosley à sortir du monde des ombres dans lequel ils vivent pour trouver réponse à la question : «Qui est l’auteur d’un crime aussi sordide et pourquoi l’a-t-il commis ? » Dans une prose aussi haletante que peut l’être un chien courant le gibier avec frénésie, Caroline Moreno nous offre un roman d’une terrible âpreté, mais aussi d’une grande beauté par la tendresse qui consume les démons ayant pris possession de Gosley et de ses habitants.

Avis :

Je ne connais pas personnellement Caroline Moreno, mais je suis régulièrement ces billets d’humeur sur Vigile. Je ne m’attendais à rien en lisant ce roman et pour m’en confesser, j’ai été agréablement surpris. En premier, plutôt que d’écrire de longs chapitres elle se permet d’en écrire des très courts, mais aussi des plus longs, ce qui donne une cadence et un rythme au roman. Ensuite, le brigadier – Vital Lubin – de Gosley, est un personnage tellement déconcertant qu’il en devient attachant. Il aime son chien – Colosse –, parfois va visiter une prostituée pour se soulager et mène une vie paisible. Bref, un personnage plus vrai que nature. Je ne vous parle pas de la Fabienne Cotton et encore moins de Monsieur Luu, deux autres personnages très forts. En dernier, le style littéraire est assez décapant. On se demande parfois où elle emmène son lecteur et là où on pourrait penser qu’elle ne nous mène nulle part, elle arrive en deux lignes à rattraper le tout avec un certain brio. Un excellent roman à lire sans hésiter.

Auteure :

Caroline Moreno a publié Au non-plaisir de vous revoir, Un poisson sur l’herbe et collabore régulièrement au quotidien électronique Vigile. Elle enseigne le français, qui est sa passion et son combat.

Références :

Le brigadier de Gosley – Caroline Moreno – Éditions Trois-Pistoles – 978-2-89583-189-1 – 21,95 $

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Normal d’Alain Cliche

Récit :

193-8 Normal nous ouvre des portes interdites d’accès, celles de l’univers peu connu de la vraie culture punk, la pure, la sans concession aucune, celle qui change les êtres, les imprègne d’une mentalité à contre-courant. Alain Cliche se révèle un guide d’une grande franchise.

S’imprégner de la mentalité punk, c’était génial. C’était faire le contraire de tout ce qu’on avait appris. Cesser d’être poli par automatisme. Cesser de s’habiller comme tout le monde. Cesser de penser comme tous les autres imbéciles. S’imprégner d’un sentiment de désespoir, d’obscurité et de mort. Faire ce qu’on ne devait pas faire. Dire ce qu’on ne devait pas dire. Et être ce qu’on ne devait pas être. Des voyous anodins. Des paumés bizarres. Des fêlés fêtards.

Avis :

Entre moi et le punk, il y a tout qu’une mer qui nous sépare. Je dirais même un océan. Pour être honnête, j’ai abordé le livre avec plusieurs appréhensions, ne pensant même pas me retrouver dans ce roman qui se veut être une porte ouverte sur l’univers punk. Le ton était donné. Après quelques chapitres, les appréhensions se sont envolées et j’ai pris plaisir à la lecture. J’ai découvert un monde inconnu qui se révèle comme un monde empreint de solitude, d’obscurité et de mal de vivre. Cette mentalité à contre-courant est certainement ce qui pourrais offusquer plusieurs d’entre nous, mais si on prend la peine de les connaître, le lecteur découvrira que ce monde n’est pas si anodin que cela. Comme un journaliste, Alain Cliche nous fait pénétrer dans cette culture punk avec véhémence et un tel abandon de l’auteur que les personnages deviennent des êtres distincts, des êtres attachants. Si vous aimez être bousculé par une lecture, ce livre vous comblera. À découvrir.

Auteur :

Alain Cliche dissèque, analyse, compare, raconte : la musique punk, l’habillement punk, le pourquoi punk, le comment punk. Et les drogues. Et le mode de vie. De Québec à Montréal à l’Ontario, de retour à Québec. L’élévation. Et la descente en enfer. Un livre-témoignage qui fait hurler les caisses de son, qui fait s’entrechoquer les neurones quand trop embrumés de drogues chimiques, qui fait plier le corps quand l’âme s’en détache.

Références :

Normal – Alain Cliche – Éditions Trois-Pistoles – 978-2-89853-193-8 – 24,95 $

Copyright – Made in Québec – Jean-Luc Doumont – 2009
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Catégories :Avril 2009